Ploc !


Ploc !

La corolle de toile chatoyante vient de s’ouvrir, vivement, comme une fleur que le printemps réveille par les rayons de son soleil caressant… Juste devant mon nez et mon regard interloqué, manquant de peu de m’éborgner.

Mais cela n’a pas tempéré les ardeurs de son propriétaire qui poursuit, bonhomme, son chemin comme si de rien n’était.

C’est une engeance, cet instrument censé protéger l’humain qui se cache sous la parabole de toile, au mépris de ceux qui tant bien que mal essayent d’éviter les gouttes, mais ne peuvent à la fois prévenir les caprices du ciel et les artifices de certains à ne pas vouloir être mouillé.

Celui qui a inventé cet instrument blessant et dangereux aurait dû être torturé jusqu’à plus soif et contraint d’avaler sa machiavélique découverte.

Cet homme devait avoir de nombreux ennuis, mais ne s’appelait pas pépin, pour la bonne et simple raison qu’il était chinois, rompu à l’art de la persécution corporelle.

Quelle étrange création humaine que cet objet inesthétique à souhait, dont les marques se sont emparées pour le parer de logos bigarrés aux couleurs criardes. Petit ou immense, le résultat ne déroge jamais, vous en êtes toujours une victime potentielle et expiatoire.

L’enfer, c’est les autres, équipés d’une ombrelle anti-pluie, point de salut possible.

Avez-vous remarqué comme ils s’y accrochent, tels des parachutes ? À croire que leur vie tout entière en dépend, y est liée. Pis encore, certains ne vous laissent aucune possibilité de vous en tirer saine et sauve.

Car non contents d’avoir une chance de vous crever un œil, ils rasent le mur, espérant une corniche salvatrice. Pour quelles raisons étranges veulent-ils se surprotéger de la pluie fine qui dégouline ? Veulent-ils, s’étant abrités sous le tissu tendu par des baleines, protéger leur protecteur et ainsi ne pas mouiller leur parapluie, pour le moins saugrenu ?

En attendant, ils ne vous laissent aucun recours. Vous-même qui tentiez tant bien que mal de rester sous cette fameuse corniche, n’avez de choix que de faire un pas de côté franc, rapide pour éviter d’entrer en contact avec l’armature de la toile. Pour le coup, l’alternative qu’il vous reste est de devenir aussi sûrement trempé que la pluie mouille.

Alors, dans un ressenti non humaniste, vous invoquez les dieux de la tempête, pour qu’ils se réveillent et viennent troubler ce ballet oppressant et terriblement dangereux de ces parapluies ligués contre ces pauvres hères dont vous faites partie, errant au beau milieu de cette jungle hostile. Ce zéphyr qui viendra contrarier la quiétude du détenteur de la parabole, instantanément entraînée par le vent malicieux. Ce cône toilé soudain soumis aux aléas capricieux de l’air et des courants déchaînés, ne va pas tarder à se retourner d’un seul coup d’un seul, déchirant la toile tendue à l’extrême tordant ici et là quelques montures en inox, obligeant le bipède à exécuter une valse enivrante, tournoyante pour dompter son objet récalcitrant contrarié par des vents porteurs et facétieux.

Quelle belle revanche que d’assister à de pareils instants trop peu nombreux, mais tellement divertissants ! Désopilant, parce que la plupart du temps, l’humanoïde, plutôt que de renoncer à lutter contre les éléments, s’acharne à défier la nature dans un excès de vanité, croyant pouvoir en avoir raison.

Son entêtement rend la scène réjouissante, pour nous autres livrés en pâture à leur dictat parabolesque.

PLOC ! fait un autre riflard, devant mes yeux remplis d’une colère ravageuse et d’une haine tenace à l’encontre des énergumènes inconscients de leur incurie à vivre en communauté, impliquant le minimum syndical de respect à témoigner à autrui.

Un nième pépin s’est ouvert devant moi, manquant de peu de me mutiler l’iris. J’enrage et éructe quelques mots à l’adresse de l’impie qui n’en a cure et me laisse pantois à ruminer mon triste sort de pseudo-borgne.

Point de salut donc, il est inutile de croire ou penser leur faire entendre raison. Le trottoir, en ces temps humides où le ciel continue de geindre, leur appartient et devient plus dangereux que la chaussée glissante où s’agglutinent les veaux de ferraille coincés dans leur torpeur bitumesque.

Mieux vaut battre en retraite, mais ce recul ne sonne pas une cuisante défaite, juste la nécessité de conserver une qualité oculaire intacte.

PLOC ! Fait le pébroque.

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