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En marchant

February 8, 2020

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Le parc

 

 

Je suis revenu, il y a peu, flâner dans le parc Montsouris. Ni nostalgie, ni pèlerinage, juste le plaisir simple et fugace de retrouver des moments joyeux et quasi champêtres d’une vie agréable. J’ai tellement arpenté ces allées qui serpentent entre les oasis de verdure, qu’il me semble en connaître les moindres recoins.

 

Ce parc, excroissance de verts profonds ou pastel, au milieu du béton n’est pas le seul dans la capitale. Il n’est pas non plus le plus beau pour certains. Pour moi, cependant, il est celui de souvenirs accumulés de la tendre enfance, jusqu’à un âge adulte.

 

Une enfance encore insouciante où, l’espace de quelques mois, je fus confié aux bons soins de grands-parents résidant proche de Montsouris. Ma grand-mère se laissait entraîner au gré de mes envies et ne manquait jamais les longues heures à me regarder exécuter des pâtés dans les bacs à sable dévolus aux gosses du quartier plutôt qu’aux quadrupèdes aboyant. Ce fut mon espace de prédilection, mon terrain de jeu, mon parc.

 

Il l’est redevenu un peu plus tard au gré des hasards bien construits, de ceux qui vous ramènent pratiquement au point de départ. Une fois rattrapés par la paternité et habitant non loin de ce fameux parc, nous rythmions nombre de nos sorties dominicales ensoleillées ou humides par un tour chlorophyllien bénéfique tant pour nos poumons que nos esprits.

L’herbe grasse et verte accueillait aussi mon  petit bonhomme footballeur attifé de son maillot adoré, pour taper dans le ballon. Une véritable délectation de gosse sûrement ponctuée de rêves de grandeur et d’exploits futurs d’une star internationale proclamée. Quelques années après, je fus à partager entre le ballon rond et les jeux de poupées d’une demoiselle qui revendiquait aussi la part de son papa.

 

Je me suis étiolé dans ce parc aux arbres vieillis par le nombre incalculable de promeneurs qu’ils ont vu passer. Des hêtres, tortueux des pensées dont ils ont eu tout loisir de se laisser pénétrer, ou d’arbres séculaires, venant des quatre coins de la terre ; le cèdre du Liban, le tulipier de Virginie ou encore le parasol de Chine. Un tour du monde en quelques hectares.

 

Puis, assis sur cette herbe accueillante, je me suis imprégné des esprits qui protègent l’endroit. Les âmes de Coluche ou Jacques Prévert qui aimèrent les lieux. Je suis passé devant le kiosque à musique chanté par Jacques Higelin, celui qui trône toujours, impassible aux cris des bambins.

Seuls les chevaux de bois qui couraient après la queue du Mickey ont été remisés pour faire place aux balançoires en fer forgé, grinçant de douleur au poids qu’on leur impose ou contorsions qu’on leur inflige.

 

Non loin de là, la cahute en bois peinte en vert abrite toujours le théâtre de Guignol qui dispense quelques moments merveilleux et magiques. Les enfants d’aujourd’hui, même nourris au mamelon de la console informatique, ne peuvent que sortir émerveillés ou apeurés, ou les deux à la fois, par les histoires contées. Ce jour-là, représentation était donnée et le sourire me vint de voir mon héros d’antan se jouer encore du vilain gnafron toujours aussi moustachu et acariâtre et avoir les yeux de Chimène pour sa dulcinée.

 

Au milieu de ce havre, la mare immense, celle qui se prend pour un lac, frémit toujours, caressée par une douce bise de surface. Les canards s’ébrouent, sereins et gras de se savoir en toute sécurité, ne dressant jamais la tête pour le moindre coup sec. Les hérons cendrés glissent majestueusement sur l’eau se prenant peut-être pour quelques cygnes. Des oiseaux viennent se sustenter et repartent s’affairer à d’autres occupations.

 

Rien ne peut troubler ce bal et c’est en vous promenant dans ces allées que vous vient à l’idée la possibilité que le temps se soit de lui-même détourné. Le bruit des rues adjacentes ne parvient pas à vos oreilles, par pur respect ou honte de déranger. La bulle de verdure enveloppe les passants. Protectrice, elle adoucit vos tracas et vous fait croire en ces instants de douceur à une rémission. Pourtant un sifflement strident peut déchirer l’air paisible. Un gardien vient démontrer son autorité sur ses congénères, sur la nature il n’oserait puisqu’il croit la défendre. Non, lui, investi d’un rôle suprême, il terrorise le quidam alangui parfois sur une pelouse supposée en jachère de postérieurs. Mais bien vite il rentre dans sa maisonnette de bois et parpaings, conscient de la vacuité de son autoritarisme et son inexistante impunité à faire régner un ordre inutile.

 

L’ambiance qui sied mieux à cet endroit reprend ses droits, ceux du maître absolu et incontesté. Ici, tous sont venus chercher le même eldorado de quiétude temporaire. Un moment de répit, où l’on ne cherche rien d’autre que le vide en soi. Rien que le calme qui laisse croire subrepticement à un art de vivre.

 

Puis, reprenant le cours de cette vie organisée et minutée, je franchis la frontière paysagère, soulagé de constater que les années n’ont pas d’emprise sur cet écrin de verdure.

Où le métro a préféré s’enterrer de honte plutôt que de le piétiner. Le parc ne cesse de se défendre de toute intrusion immobilière nocive. Tel un village imprenable, il perdure à résister à l’inhumanité de l’espèce et reste ce halo de végétation. Tandis que je m’engouffre dans les catacombes du métropolitain aux remugles étouffants.

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